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Le tourisme solidaire et équitable

"Le seul véritable voyage n’est pas d’aller vers d’autres paysages, mais d’avoir d’autre yeux" - Marcel Proust.
Face à un tourisme de masse, souvent destructeur pour les populations du Sud, une offre touristique alternative de plus en plus variée, se développe progressivement. Elle favorise le dialogue et la rencontre entre les peuples, valorise le patrimoine culturel et les ressources naturelles en alliant plaisir et ouverture au monde. Outil de lutte contre la pauvreté, elle à pour objectif majeur de contribuer durablement à l’amélioration des conditions de vie des communautés, dans le respect de leur environnement et de leurs traditions. Elle assure un équilibre dans le partage des ressources, est source de diversification des activités économiques et d’emplois, et favorise la cohésion sociale.

 Généralités

Le tourisme est en progression constante depuis plus de 50 ans. Avec 763 millions de touristes en 2004 (25 millions en 1950), un chiffre d’affaires de plus de 620 milliards de $ (soit 10% du PIB mondial) et 200 millions d’emplois (8% de l’emploi mondial), le tourisme constitue la première industrie de la planète. Il est un moteur de croissance pour de nombreux pays, au Nord comme au Sud. Il est l’un des principaux postes d’exportation dans 83% des pays en voie de développement et le principal poste d’exportation dans un tiers de ces pays. 80% des personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour, vivent dans 12 pays : dans onze de ces pays, le tourisme occupe une place importante et croît sans cesse. Il s’agit principalement d’un tourisme de masse, évoluant dans un contexte très concurrentiel, globalement entre les mains d’un nombre de plus en plus limité de grosses entreprises, compagnies aériennes, tour-opérateurs, compagnies hôtelières, peu soucieux de l’impact social, culturel et écologique de leur activité. Les voyages, de plus en plus « marchandisés » sont majoritairement considérés comme des produits à consommer, et la baisse constante des prix des transports aériens permet de proposer au consommateur, plus qu’au voyageur, une offre de plus en plus compétitive. Selon les projections de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), le nombre de touristes devrait s’élever à près de 1 milliard en 2010, 1,6 milliards pour l’horizon 2020, avec néanmoins certaines inconnues de taille, telles que l’impact du réchauffement climatique, de la pollution, de l’augmentation du prix du pétrole...

 Le tourisme conventionnel

Le développement exponentiel du tourisme de masse permet incontestablement aux pays du Sud de drainer des investissements, récupérer des devises, créer des emplois ou améliorer les infrastructures. Cependant, à y regarder de plus près, les principaux bénéficiaires en matière de création d’emplois qualifiés, distribution des revenus ou retour sur investissements sont les pays du Nord. Les retombées du tourisme de masse dépendent étroitement du niveau de structuration de l’économie du pays d’accueil. Plus l’économie est structurée, plus les recettes restent sur place, moins elle est structurée, plus les recettes restent dans les pays émetteurs. Les pays du Nord accaparent 75% des flux touristiques. L’Afrique, malgré son potentiel, ne reçoit que 3% des arrivées de touristes internationaux (6% avec l’Amérique Centrale et du Sud) et 2% des recettes. La moitié de ces 3% et de ces 2% est captée par 3 pays du continent. Ainsi, le tourisme Nord/Nord diffère-t-il grandement du tourisme Nord/Sud.

Les analyses sur l’impact local économique, socioculturel et écologique du tourisme de masse dans les pays du Sud sont pessimistes : augmentation des inégalités, destruction de la biodiversité locale et du patrimoine culturel, fragilisation du tissu social, abandon de certaines activités traditionnelles, renchérissement du foncier, hausse drastique du prix de l’eau, exode rural, création d’emplois saisonniers, très peu qualifiés et sous-payés, recours fréquent au travail des enfants, augmentation de la prostitution, concentration spatiale des infrastructures (bords de mer, stations de montagne, sites historiques ou géographiques).... Seule une part très faible de l’argent dépensé in situ revient réellement aux communautés, et celle-ci est souvent accaparée par des notables locaux peu scrupuleux. A titre d’exemple, moins de 30% des recettes touristiques en Thaïlande restent dans le pays. La répartition des recettes générées par le tourisme de masse reste donc très inéquitable en terme de retour pour les pays d’accueil.

 Le développement d’alternatives touristiques

Face à ce constat globalement très sombre, de nombreuses initiatives, inscrites dans une perspective citoyenne se sont développées. Certaines sont mobilisées depuis plus de trente ans dans la mise en œuvre de voyages solidaires dans les pays en voie de développement, d’autres sont beaucoup plus récentes. Leur émergence s’appuie notamment sur des expériences innovantes, souvent portées par des ONG et s’inspirent du tourisme rural en termes de dynamisation des territoires. Cette alternative touristique, majoritairement constituée d’associations agissant comme de petites agences autonomes, est marquée par la volonté de placer au cœur du voyage la rencontre et le dialogue entre les peuples, le respect des spécificités socioculturelles, la découverte de la culture locale, la préservation de l’environnement et l’amélioration des conditions de vie et d’existence des populations. Elle agit aussi pour une répartition plus équitable des bénéfices.

Ce tourisme alternatif se caractérise par une terminologie foisonnante, soulignant les objectifs globaux communs et les domaines de prédilection propres à chaque structure : tourisme rural, tourisme écologique, tourisme vert, agritourisme, tourisme communautaire, ethnotourisme, tourisme culturel, tourisme responsable, tourisme en faveur des pauvres, tourisme équitable, tourisme solidaire... Un essai de clarification a été initié à Marseille, en 2003, lors du premier forum international dédié au tourisme solidaire et au développement durable (FITS). Les termes les plus couramment utilisés sont :

Le tourisme solidaire, vise à maîtriser et valoriser l’économie touristique au profit des communautés d’accueil. Il se construit à partir de leur espace de vie, dans le respect de leur culture, de leurs traditions et de leur environnement. Il repose sur une implication et une participation des populations, sur une capacité à tisser des partenariats avec des structures locales pour mettre en œuvre des projets de développement et de solidarité, sur la sensibilisation des voyageurs aux principes de la démarche. Il est fondé sur l’échange, le dialogue et le partage, et alterne souvent activités culturelles, découverte de l’environnement, participation aux tâches quotidiennes, rencontres avec les partenaires locaux (ONG, associations...).

Le tourisme équitable s’inscrit cette même perspective, et veille à une juste répartition des bénéfices. L’écotourisme, avait dans les années 1980, l’ambition de promouvoir des voyages de découverte dans un environnement préservé, en mettant l’accent sur l’éducation et la sensibilisation au milieu. Il s’appuie désormais sur deux chartes internationales mais non spécifiques à ce type de tourisme. Plus récemment, en 2002, le Sommet mondial de l’écotourisme de Québec a adopté une déclaration qui souligne les dimensions solidaires et humaines de ce type de tourisme. Le tourisme durable, dont la définition date d’août 2004, s’applique à toutes les formes de tourisme, au Nord comme au Sud et souligne l’importance de la durabilité environnementale, économique et socioculturelle. Les principes du tourisme durable avaient été arrêtés par l’OMT dès 1988. Le tourisme communautaire définit un tourisme initié par les communautés elles-mêmes, visant à préserver leur patrimoine culturel et naturel. Les populations gardent ainsi le contrôle total sur les bénéfices générés par l’activité touristiques qu’elles développent. Le rôle des structures en France est de promouvoir ces initiatives et de s’occuper de la logistique.

 Les objectifs d’un tourisme responsable

Une étude réalisée en 2005 à la demande du MAE (Ministère des Affaires Etrangères) et de l’UNAT (Union Nationale des Associations du Tourisme) avec la SOFRES souligne la notoriété croissante du tourisme solidaire auprès des citoyens. 20% des personnes interrogées ont entendu parler du tourisme solidaire, 59% des personnes (surtout les 35/49 ans) sont intéressées par le concept et 7% (plus de 50 ans) sont très intéressées. Ainsi, une nouvelle tendance touristique se profile, liée à l’émergence de nouveaux comportements socioculturels. Les modèles de consommation se modifient lentement mais sûrement. Une part modeste mais néanmoins grandissante de la population prend conscience des enjeux et des risques pour les pays en voie de développement d’un tourisme de masse incontrôlé, et des bienfaits d’un tourisme développé à petite échelle et sur toute l’année, en particulier lorsqu’il s’accompagne de projets de développement locaux en partenariat avec des associations ou des ONG locales. Le tourisme peut alors représenter un véritable levier de développement durable, car il a la capacité de fixer les communautés, proposer des activités très variées, employer une main d’œuvre nombreuse, valoriser le patrimoine local naturel et culturel, sauvegarder des techniques et des savoir-faire souvent en perdition, permettre aux femmes d’avoir un revenu stable (ce qui contribue, pour beaucoup d’entre-elles, à la reconnaissance de leur statut) ou mettre en œuvre des actions telles que des formations, échanges de compétences...

 La nécessité d’informer et de sensibiliser

Pour permettre à ce type de tourisme d’essaimer et/ou de se développer, des actions au Nord comme au Sud doivent être menées. Au Sud, une sensibilisation à tous les niveaux est indispensable pour favoriser le déploiement d’initiatives touristiques locales et leur permettre de devenir de véritables forces de propositions d’alternatives face à un modèle touristique importé et dominant. Au Nord, l’information auprès des citoyens, des comités d’entreprises, et le lobbying auprès des décideurs économiques et politiques doivent s’intensifier pour accroître la notoriété du tourisme équitable et solidaire. Les pouvoirs publics ont un rôle majeur à jouer, dans la mise en place de politiques publiques coordonnées entre le Nord et le Sud, la promotion du tourisme alternatif sur le territoire, le soutien à des initiatives nationales, régionales ou internationales, l’appui financier à des porteurs de projets, la participation à des manifestations de sensibilisation, le renforcement des réseaux existants... Ils doivent également agir pour inciter peu à peu les acteurs du tourisme de masse à rectifier leur tir. La réduction de la pauvreté représente un enjeu majeur et le tourisme de masse doit impérativement œuvrer en faveur d’un développement durable. De nombreuses déclarations et chartes « éthiques » nationales et internationales ont vu le jour, moins engageantes qu’il ne le faudrait... Il s’agit maintenant de passer de la théorie à la pratique et d’éviter que les grands opérateurs ne récupèrent le créneau très en vogue de l’éthique, à l’instar de la grande distribution pour les produits alimentaires.

 Se documenter

Sitographie, bibliographie, études

- Le Journal de l’EcoTourisme
Lancement en avril 2010 de ce nouveau média web éco-responsable (partenaire de l’Association Française d’Ecotourisme et du mensuel pro "Environnement Magazine") sur le tourisme durable.
Il s’adresse aux professionnels : hôteliers, restaurateurs, transporteurs (avion, train, vélo...), gestionnaires de parcs naturels ou de centres de loisirs...
Pour en savoir plus
Contact :
Mathieu Duchesne
Rédacteur en Chef du Journal de l’EcoTourisme
75020 Paris - Métro Mesnilmontant
06.17.08.27.65

- Répertoire de sites Internet sur le tourisme responsable - UNAT 2003

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Répertoire de sites Internet sur le tourisme responsable - UNAT 2003

- Bibliographie Tourisme et Développement, tourisme responsable, écotourisme - UNAT - 2003

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Bibliographie Tourisme et Développement, tourisme responsable, écotourisme - UNAT - 2003

- Tourisme solidaire et développement du secteur privé - BDS n° 6 - sept 2003

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Tourisme solidaire et développement du secteur privé - BDS n° 6 - sept 2003

- Le tourisme solidaire vu par les français - UNAT/MAE - 2005

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Le tourisme solidaire vu par les français - UNAT/MAE - 2005

- Les français et le tourisme solidaire - SOFRES - 2007

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Les français et le tourisme solidaire - SOFRES - 2007

- Références bibliographiques

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Références bibliographiques

- Coopération décentralisée, tourisme responsable et solidaire, et développement des territoires - 2006 - DGCID / MAE

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Coopération décentralisée, tourisme responsable et solidaire, et développement des territoires - 2006 - DGCID / MAE

 Pour connaître certains acteurs du tourisme équitable et solidaire

ACCUEIL PAYSAN
ARVEL
ATES
(ATR->76]
CEVIED
COULEURS SENSATIONS
COOPRENA
CROQ’NATURE
CULTURE CONTACT
D.E.P.A.R.T.
DJEMBE
E-CHANGEONS LE MONDE
ECOTOURSIME NAGAZINE
ECOTOURS
ELANS / TOCKEM
[ENFANTS EUROPE BOSNIE
ICD AFRIQUE
ICI ET LABAS
LA CASE D’ALIDOU
LA ROUTE DES SENS
LES AMIS DU SHEKHAWATI
MAROC CHEZ L’HABITANT
MASS EDUCATION
MIGRATIONS ET DEVELOPPEMENT
RENCONTRES AU BOUT DU MONDE
Réseau DéPart
TADDART
TAMADI
TDS
VDS
VISION DU MONDE

 Conclusion

Le tourisme s’inscrit dans une démarche globale et doit, de ce fait s’analyser comme une partie d’un tout. Quels que soient ses fondements, il est potentiellement perturbateur pour le pays d’accueil, en particulier dans des régions fragilisées où le touriste, même animé des meilleures intentions, reste un étranger en vacances. Le tourisme équitable et solidaire n’en est encore qu’à ses prémices. Il s’apparente souvent à un acte militant (refus de l’adage sea, sex and sun, volonté de vivre chez l’habitant, d’utiliser les transports locaux, de participer à la vie des habitants, de découvrir en leur compagnie la nature environnante...) avec néanmoins des dérives possibles (ethnocentrisme, élitisme...). Des actions et des études menées conjointement par des structures telles que l’UNAT, l’ATES ou le MAE portent peu à peu leurs fruits : un travail de longue haleine qui nécessite des convictions fortes, mais comme le dit le proverbe "les petits ruisseaux font les grandes rivières".


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