Le commerce équitable en tant que tel existe depuis plus d’un demi siècle, même si la volonté de pratiquer un négoce éthique est attestée depuis longtemps dans de nombreux écrits. Il n’est pas un acte "charitable" ("Trade but not Aid") mais une manière plus juste d’envisager les échanges. Concrètement, il agit pour une répartition plus équilibrée des bénéfices, pour permettre aux hommes et aux femmes défavorisées, en particulier des pays du Sud, d’améliorer leurs conditions d’existence. Il couvre les champs socio-économiques, éducatifs, culturels et politiques. Il demeure un objectif sans cesse perfectible, avec des démarches et des visions très variées : pour certains, à l’instar de la vision gouvernementale, il ne concerne que les relations Nord/Sud (les populations les plus marginalisées se trouvant essentiellement au Sud de la planète), pour d’autres, il doit également englober les relations Nord/Nord car la justice doit être présente sur tous les continents et concerner tous les maillons de la chaîne.
Le commerce équitable est longtemps resté l’apanage d’associations et d’ONG convaincues que l’octroi d’aides financières ne représentait pas une solution durable aux problèmes de développement dans les pays du Sud. Elles distribuaient des produits alimentaires et artisanaux sur les marchés ou dans des boutiques spécialisées, s’adressant à un public composé essentiellement de « militants ». Les choses ont évolué depuis. Le commerce équitable a pris de l’ampleur et s’est affirmé, s’adressant désormais à un public beaucoup plus hétérogène, et touchant des secteurs d’activités beaucoup plus variés (alimentation, loisirs, mode, puériculture, décoration, artisanat, bijoux, tourisme...). De nombreux réseaux et organismes régionaux, nationaux et internationaux se sont constitués, permettant au commerce équitable de se structurer et à ses acteurs de se concerter, de mutualiser leurs pratiques. Il est devenu une véritable force de proposition auprès des décideurs économiques et politiques. L’introduction des standards internationaux de certification, la plus grande visibilité des produits proposés enrichie d’une gamme de plus en plus étoffée, la multiplication des initiatives locales, régionales et nationales ont permis progressivement au commerce équitable de se faire entendre et de se développer.
Cependant, malgré une croissance très rapide, le commerce équitable ne représente encore qu’une part infime du commerce mondial, soit environ 0,02%. L’Europe représente 60% de ce marché, avec un chiffre d’affaires de 660 millions d’euros en 2005, soit + 154% en cinq ans, dans 79000 points de ventes, dont 55000 supermarchés. La Suisse et le Royaume-Uni sont en tête : 47% du marché des bananes en Suisse, 5,5% du marché du café au Royaume-Uni (sources : Artisans du Monde, février 2007). Les consommateurs de produits équitables représentent une proportion importante de 25/34 ans, de cadres (47%) et de professions intellectuelles (63%), d’urbains dont 63% habitent la région parisienne ((sources : Artisans du Monde, février 2007).Selon une étude réalisée en 2006 par Altervia, 75% des ventes concernent le grand public. . 7% des ventes concernent les collectivités et les scolaires : c’est peu, mais l’article 14 du nouveau code des marchés publics devrait ouvrir de nouvelles perspectives.



