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La face cachée de la femme

Portrait/Zoom

La journée internationale de la femme est l’occasion pour chacun de s’arrêter sur certains chiffres, de s’interroger sur l’« universalité » des violences infligées aux femmes dans le monde, sur la pauvreté féminine, au Nord comme au Sud de la planète, enfin sur l’impact d’alternatives telles que le commerce équitable.

Alors que dans de nombreuses sphères professionnelles françaises, la Journée internationale de la femme est souvent sujette à certaines formes de moqueries, elle représente incontestablement pour la femme en général, une journée particulière de communion avec ses sœurs des quatre coins du monde, manifestée et revendiquée pour certaines, silencieuse et douloureuse pour d’autres.

Mais d’abord, un bref historique

L’origine de la Journée de la Femme est généralement attribuée à Clara Zetkin, enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande. Représentante du Parti Socialiste d’Allemagne, elle propose en 1910, lors de la 2econférence internationale des femmes socialistes de Copenhague, de créer une journée spécifiquement dédiée à la femme. Cette journée s’inscrit alors dans une perspective résolument révolutionnaire.

Dès 1911, des millions de femmes manifestent dans de nombreux pays européens et aux Etats-Unis, pour réclamer de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Une grève organisée par des ouvrières de Saint-Pétersbourg, en 1917, fixe la date au 8 mars. Après la seconde guerre mondiale, la Journée internationale des femmes devient une tradition dans le monde entier. Officialisée par les Nations Unies en 1977, le statut officiel de cette journée est fixé en France le 8 mars 1982, par le gouvernement socialiste.

Des chiffres alarmants

- 70% des 1,3 milliards de personnes vivant sous le seuil de pauvreté sont des femmes.

- La malnutrition touche principalement les petites filles : 841 millions de personnes dont les enfants de moins de 5 ans, et surtout les fillettes, les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitant.

- 60 millions de filles n’ont pas accès à l’école primaire. Entre 1985 et 1997, la scolarisation des filles a diminué dans 42 pays sur les 142 (dans lesquels des données sont disponibles).

- 2/3 des analphabètes sont des femmes.

- 80 à 90% des familles pauvres ont pour chef de famille une femme.

- 1/3 des ménages dans le monde est sous la responsabilité d’une femme.

- Les femmes fournissent 2/3 des heures totales de travail, leurs salaires restent inférieurs de 20 à 50% à celui des hommes, elles ne perçoivent que 10 % du revenu monétaire mondial et ne possèdent que 1% des terres attribuées

- Les femmes assurent plus de 50% de la production alimentaire agricole.

- Plus de 32% des femmes sont confrontées à la violence domestique. La violence contre les femmes est le délit le plus courant mais le moins puni au monde. Au moins une femme sur trois a été battue, contrainte à des rapports sexuels ou maltraitée au cours de son existence. En général, le coupable est un membre de la famille de la victime ou quelqu’un qu’elle connaît. La violence familiale est la forme de violence contre les femmes la plus répandue dans le monde entier, dans toutes les régions et quelles que soient l’origine ethnique, l’éducation, la classe sociale et la religion.

- 80% des réfugiés sont des femmes et des enfants

- 4 millions de femmes et d’enfants sont victimes du trafic des êtres humains à des fins de commerce sexuel. L’esclavage sexuel rapporterait de 7 et 12 milliards de dollars des États-Unis par an.

- Dans le monde, les femmes âgées de 15 à 44 ans sont davantage exposées aux mutilations ou à la mort dues à la violence masculine qu’à celles liées au cancer, au paludisme, aux accidents de la route ou à la guerre.

- On estime que plus de 2 millions de filles sont victimes de mutilations génitales chaque année, soit une fille toutes les 15 secondes.

- Le viol systématique sert d’arme de terreur dans de nombreux conflits dans le monde.

- Entre 60 et 90% des travailleurs de 2000 zones franches sont des femmes.

- La contribution économique non monétaire est essentiellement féminine. Le PNUD a évalué la part du travail non monétaire à 16 000 milliards de dollars sur les 23 000 de production brutes. Selon les pays, les productions domestiques représenteraient entre 30 et 70% du PIB.

Sources : OIT (Organisation Internationale du Travail)
FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations°
Étude approfondie du Secrétaire général sur toutes les formes de violence contre les femmes (2006)
Women in an Insecure World. Violence against Women – Facts, Figures and Analysis, Vlachovà Marie et Biason Lea, (2005), 335p.
Artisans du Monde

La spirale de la pauvreté féminine dans le monde

Alors que la majorité des médias semble aveuglée par le mirage de la croissance, solution miracle à tous les maux, le quotidien des populations défavorisées des pays pauvres, contraints de réduire drastiquement leurs dépenses publiques, se détériore. Les budgets les plus couramment amputés concernent les secteurs sociaux, médicaux et éducatifs, alors que ces derniers sont des facteurs déterminants d’émancipation sociale et de développement. Ces politiques d’ajustement conduisent à une précarisation des plus pauvres, en particulier des femmes : augmentation de l’analphabétisme féminin (les filles quittent l’école pour aider leur famille), malnutrition croissante engendrant une mortalité précoce chez les femmes et les jeunes enfants (suivis médicaux, soins et médicaments inaccessibles), étiolement des liens familiaux et communautaires dus à l’exode rural des hommes...

Et pourtant, le boum économique en Inde ou en Chine fait davantage l’objet d’articles dans les journaux et les magazines que la situation tragique des femmes dans les zones franches, des veuves françaises ou indiennes dont les maris, agriculteurs et paysans désespérés, se sont suicidés, des mères n’ayant d’autre choix que d’offrir de l’eau polluée à leurs enfants ou contraintes de marcher quatre heures par jour pour chercher de l’eau dans les zones touchées par la désertification... Il est, en effet plus confortable de valoriser un modèle pourtant en perte de vitesse, que de pointer du doigt la démonstration de son échec...

Le commerce équitable se conjugue au féminin

Parce qu’elles sont les plus pauvres des pauvres, parce qu’elles sont les plus vulnérables mais aussi parce que leur rôle familial et social est essentiel, Les femmes sont nécessairement au cœur du commerce équitable. Ainsi, de nombreuses coopératives de femmes des quatre coins du monde sont partenaires de projets équitables ; de nombreuses structures de commerce équitable sont portées par des femmes ; de nombreux réseaux, en France et à l’étranger emploient des femmes en tant que bénévoles ou salariées. Artisanes, couturières, brodeuses, cueilleuses..., elles interviennent dans des secteurs d’activités très variés, heureuses enfin d’avoir un travail qui leur permettent d’avoir un véritable salaire et de jouir d’une image plus respectable.

Les engagements du commerce équitable sont clairs et servent incontestablement la cause féminine : refus de toute forme d’esclavage, respect des droits fondamentaux des personnes (pas de travail forcé, pas de travail des enfants, pas d’esclavage, pas de discriminations ethniques, sexuelles, religieuses ou sociales), organisation « démocratique » au sein des coopératives... Le commerce équitable permet à un nombre croissant de femmes d’avoir accès à un travail rémunéré, d’envoyer leurs enfants dans des crèches ou à l’école, de bénéficier de soins médicaux, souvent de congés de maternité, de suivre des formations, d’avoir une retraite et parfois d’accéder à des systèmes de crédits. Il leur permet souvent de concilier travail à domicile, tâches ménagères, éducation des enfants, culture vivrières, tout en leur octroyant une certaine forme d’autonomie, vecteur de valorisation de leur statut au sein de leur famille et de leur communauté. Enfin, il peut servir d’exemple et essaimer localement. C’est ainsi que parfois les femmes de villages voisins finissent par travailler ensemble, mutualisant ainsi leurs moyens et leurs compétences, et renforçant leur rôle.

Néanmoins, le tableau comporte ses zones d’ombres. Malgré une très forte croissance, l’impact du commerce équitable reste encore bien modeste puisqu’à lui seul, il ne représente guère plus de 0,01% des échanges économiques mondiaux, et les femmes continuent de mener conjointement de nombreuses tâches. Les études d’impacts menées par certaines structures ou chercheurs démontrent que, sur le terrain, les choses sont toujours plus complexes. Elles nécessitent du temps ; du recul et une connaissance approfondie de l’organisation sociale des communautés : la situation des cueilleuses de thés dans les plantations du Sud de l’Inde diffère de celle des brodeuses birmanes ou des artisanes cambodgiennes....

Nonobstant, le commerce équitable représente un moyen incontestable pour sortir de nombreuses femmes de leur misère. Tiraillé entre, d’une part sa vocation humaniste et collective, et d’autre part son inscription dans un système profondément individualiste et compétitif, il constitue une alternative « perfectible » au sein du commerce mondial, mais ne peut aucunement se substituer à une politique publique de plus en plus défaillante dans les secteurs culturel, social et éducatif.

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