Quelques chiffres parlent d’eux mêmes :
• 70% des 1,3 milliards de personnes vivant sous le seuil de pauvreté sont des femmes
• La malnutrition touche principalement les petites filles
• 60 millions de filles n’ont pas accès à l’école primaire, 2/3 des analphabètes sont des femmes
• Les femmes assurent plus de 50% de la production alimentaire agricole
• Pour un travail égal à celui des hommes, leurs salaires restent inférieurs de 20 à 50% à celui des hommes. Elles ne gagnent que 10% du revenu mondial et ne possèdent que 1% des terres.
Sources : OIT (Organisation Internationale du Travail) et FAO (Food ans Agriculture Organization of the United Nations
La plupart des sociétés humaines portent le sceau d’une division sexuelle du travail très marquée - chacun ayant son rôle et son statut culturellement définis. Dans les régions rurales des pays du Sud, les femmes, en plus de leur travail quotidien, sont généralement chargées de cultiver les terres et les jardins afin de nourrir leurs familles ; elles s’occupent aussi des repas, des enfants, de leur éducation ainsi que de nombreuses autres tâches annexes. Souvent, l’absence d’accès à la propriété et la dépendance à l’autorité masculine les placent dans des situations de grande précarité. Elles ne touchent pas toujours les faibles rémunérations qui leur sont dues, ne peuvent que rarement négocier leurs conditions de travail et ne disposent d’aucun recours. Leurs droits fondamentaux sont régulièrement bafoués, et pourtant leur rôle dans le maintien de l’ordre familial et communautaire est crucial.
L’économie mondiale, soumise à la loi de la finance, aggrave inexorablement la situation des plus faibles dans le monde, entraînant souvent dans son sillage, des bouleversement socioculturels et environnementaux majeurs. Le commerce équitable constitue-t-il, à cet égard, une alternative ?
A l’instar de nombreuses petites structures qui ont une démarche d’équité commerciale, ARTASIA veut apporter une réponse concrète en faveur de l’amélioration des conditions de vie et de travail de femmes.
ARTASIA est une petite structure de commerce équitable, importatrice de textiles en provenance du Laos et de Thaïlande. Sabine Caron, en charge de l’association, travaille exclusivement avec des femmes, car elles seules tissent dans cette région. Depuis six ans, elle leur permet de revivre dignement du fruit de leur travail, dont elles sont bien sûr fières. L’association cherche ainsi non seulement à valoriser le savoir-faire et le rôle social de ces femmes, mais aussi à préserver leur patrimoine culturel qui était menacé.
S’intéresser au tissage en Asie du Sud/Est n’est pas innocent. Car la production et la transformation de la fibre constituent une tradition domestique répandue, exclusivement féminine. Originellement, une bonne tisserande est une bonne épouse : le tissage est donc un élément essentiel de reconnaissance du rôle de la femme.
L’activité de tissage se transmet de mère en fille, de grand-mère à petite fille. Les gestes sont précis, observés et répétés. Souvent les femmes travaillent chez elles ou en petits groupes, à leur rythme, ce qui leur permet aussi de s’occuper des enfants ou d’aider leur mari dans les champs, lors des récoltes...
Mais si beaucoup de femmes tissent encore pour satisfaire une part de leurs besoins vestimentaires et domestiques (écharpes cérémonielles, jupes, sacs, couvertures...), cet usage s’efface peu à peu avec la nécessité de gagner un complément de revenu indispensable au bon fonctionnement du foyer et à l’éducation des enfants. Le développement du tourisme de masse et les exigences du marché mondial ont modifié le paysage économique et social local, et en moins de temps qu’il n’en faut, la majorité des villageoises de ces pays est tombée dans la spirale infernale du "vite fait-mal fait ». Les articles sont vendus à des intermédiaires peu vertueux et peu soucieux de la qualité, à des prix dérisoires : l’essentiel étant de produire beaucoup, et surtout le plus vite possible. Ainsi, peu à peu un artisanat bon marché s’est développé, dévalorisant le travail de la femme, et de ce fait son statut : le goût de la transmission, les motifs ancestraux et la complexité des techniques tombant peu à peu dans l’oubli...
Face à cet engrenage, ARTASIA a fait le choix du dialogue et de la qualité. La majorité des groupes de femmes partenaires d’ARTASIA est issue de familles d’agriculteurs, de riziculteurs ou d’éleveurs. Une grande partie des besoins alimentaires est donc satisfaite mais l’argent manque pour tout le reste. L’artisanat textile est donc devenu une activité marchande visant à améliorer les conditions d’existence des familles : celui-ci doit permettre à la femme de retrouver sa fierté et sa dignité, car sa reconnaissance passe par la valorisation de son travail. Le résultat est extraordinaire : les étoles et les soieries sont de toute beauté, les motifs magnifiques, les finitions de grande qualité.
ARTASIA garantit aux femmes une rémunération juste et régulière. Elle participe au choix des fibres, des motifs, des couleurs et privilégie les teintures naturelles... L’association a aussi un rôle de conseil : elle encourage les choix collectifs et démocratiques. Elle participe à l’émergence de groupes de travail autour de préoccupations communes (formation à la gestion des coûts de production, formation à la teinture naturelle, création de liens inter villageois...).
Il est essentiel de se battre contre toutes formes de discrimination et important de valoriser des initiatives qui vont dans le sens du respect des droits humains, de la diversité culturelle et de l’environnement - tout en se préservant d’un ethnocentrisme bien souvent pernicieux. La démarche d’ARTASIA s’inscrit dans cette perspective.
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